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Copines et compagnes à la campagne :
réflexions « queer » sur Revoir Julie
Chantal Nadeau
Université Concordia
Mon intervention ici se résume à
une question toute simple, et pour les besoins de ma démonstration
je vais la formuler en anglais : Is there a border to queerness?
Existe-t-il une spatialité identitaire entre la campagne
et la ville? Et en quoi cette frontière s’articule-t-elle
à la capacité d’agir sur un devenir queer,
et dans l’exemple que j’analyserai, soit Revoir
Julie (Jeanne Crépeau, 1999) un devenir lesbien?
Le titre de mon article aurait pu tout aussi
bien se lire : Country Dykes Meet Urban Babes. Car c’est
bien de cela dont je veux parler, de la frontière entre la
ville et la campagne, entre l’espace urbain et l’espace
rural, des tensions et possibles entre la lesbienne à flanelle
et la lesbienne urbaine. Cette question me semble d’autant
plus urgente dans le contexte actuel d’une mouvance transnationale
qui tend, paradoxalement, à produire une frontière
homogène queer, celle du global queer [1].
Alors que de plus en plus l’espace public queer semble gagner
du terrain, les contrastes, eux, s’estompent, imposant dès
lors une frontière qui favorise le nivellement des différences.
Sans prétendre qu’un tel phénomène d’effacement
est exclusif à la culture queer, je crois toutefois
que de plus en plus le discours queer – ainsi que
sa commercialisation – est partie prenante d’une homogénéisation
du social, du politique et de l’économique. Le cinéma
queer québécois récent – je
fais référence ici d’abord au long métrage
– ainsi qu’une proportion importante du cinéma
commercial à « thématique queer »
offre un excellent exemple de cet effacement des contrastes dans
lequel la ville et l’espace urbain opèrent tels des
vecteurs de référence transnationaux pour penser le
sujet queer lesbien.
Au cours de la dernière décennie,
les études et la théorie queers ont porté
un intérêt croissant pour les intersections entre ethnicité,
« race » et sexualité dans la constitution des
identités lesbiennes queers, pour reprendre l’expression
de Kathy Rudy [2]. De ces débats,
une série de paramètres discursifs émergent,
que ce soit pour conceptualiser une mainmise territoriale, une attitude
propriétaire envers ce qu’est l’identité
queer (Butler 1990; 1993), ou encore pour redéfinir
une éthique de la différence qui parlerait par-delà
les frontières politiques sexuelles (Wagner , Probyn 1999,
Nadeau). Ce qui est fascinant avec les théories queers,
c’est qu’on assiste à un mouvement critique porté
par la transnationalité [3]
alors qu’en revanche (ou par choix) on s’est peu intéressé
aux modalités de représentation intranationale, intrafrontalière,
intracorporelle. En d’autres termes, la « trans »
domine, alors que l’« intra » est encore peu exploitée.
Alors aujourd’hui, je suis littéralement
obsédée par deux ordres – ou désordres?
– de questions qui sont intimement liés aux enjeux
pour penser la sexualité queer à travers
et en dedans des frontières nationales, locales, corporelles.
Mon argument se construit autour des deux points suivants: 1) Comment
échapper à une conceptualisation queer «
trans » qui ne serait pas souveraine (Probyn 1993, 114), totalisante,
mais plutôt déstabilisante et aventureuse?; 2) Comment
problématiser les contextes de représentation dans
le cinéma lesbien récent tout en évitant une
forme d’essentialisme identitaire commandé par le confinement
géographique? Comment exposer les écrans identitaires
participants d’une « transgéographie »?
Et d’une « intergéographie » ajouterais-je?
Bref, que se passe-t-il quand les « copines » quittent
la ville et s’en vont à la campagne pour devenir compagnes?
1) Haro sur la country dyke
Toutes et tous se souviendront de l’épisode
« Emma » du sitcom Ellen [4],
dans lequel la vraie actrice britannique Emma Thompson incarne une
fausse actrice riche et célèbre de Londres qui picole
comme papa Churchill. Pot aux roses, Thompson est en fait est une
country lesbian (lire white trash dyke) dans le
placard originaire de Dayton, Ohio, USA. Découverte (outed)
par Ellen, Thomson justifie sa position in and out les
frontières de la ville et de la campagne en s’exclamant
qu’il n’existe pas une chose telle que le Dayton chic,
suggérant du coup que la campagne n’est pas un lieu
de possibilité, de visibilité et/ou de consommation
pour la flâneuse – désolée Benjamin [5]–
lesbienne queer qui aspire à une certaine reconnaissance.
Deux dimensions se dégagent de cet énoncé :
1) l’espace rural et l’homoérotisme (et l’homosexualité)
sont incompatibles; 2) le rapport à la sexualité lesbienne
et gaie trouve sa forme achevée, sa facture progressiste
et paradoxalement son état de nature dans un cadre urbain.
Ainsi, un certain homoérotisme, une
certaine homosocialité et du coup une représentation
queer relèveraient donc d’un problème
de qualité, et non uniquement de quantité. Cette qualité,
cette facture visible, appelons-la « marque publique »,
pour reprendre ici le schème analytique de Eric Clarke dans
son essai Virtuous Vice (2000), n’est possible que
dans un espace normatif. Ainsi, par exemple, le « lesbian
chic » (en tant que marque publique de la lesbienne des années
1990 – et pourquoi pas? le lesbian millenium), serait
d’abord et avant tout inscrit dans une cohérence identitaire,
une qualité normative qui, dirais-je, trouve son apothéose
dans une frontière urbaine où seront complètement
ignorées les questions de classe, de race, de sexe. La frontière
queer se trace donc sur la base d’une non-médiation
entre le rural et l’urbain afin de constituer une banlieue,
une zone hors-urbaine identitaire infinie.
Et mon couple Ellen et Emma dans tout ça?
À vrai dire, je me fous complètement d’Ellen
comme lieu ultime de coming out, mais l’anecdote
d’Emma à Londres pose pour moi une question essentielle
: quelles sont les frontières représentationnelles
qui façonnent la qualité publique du sujet de la lesbienne
queer? J’aimerais maintenant me tourner vers le film
de Jeanne Crépeau, cinéaste québécoise,
indépendante, lesbienne, cantonnée par la force des
choses (ou par choix) dans le court métrage et qui signe
avec Revoir Julie, réaliste et sorti en 1998 (mais
construit sur une période de dix ans) un premier long métrage,
un premier « country road lesbian movie ». Une histoire
inventée, ou presque. Une comédie romantique, ou presque.
Deux personnages, deux femmes, la jeune trentaine, ou presque. L’une
est anglo, l’autre franco. L’une est blonde, l’autre
pas. L’une chante, l’autre pas. L’histoire est
somme toute celle d’un conte d’une folie ordinaire.
Je résume ou je fabule, c’est la même chose.
Juliet, seule en ville après une rupture amoureuse, s’ennuie
de sa vieille copine Julie, seule à la campagne, qu’elle
n’a pas revue depuis 15 ans. Suspense. Juliet la copine, gouine
on le devine – c’est la ville après tout –,
va donc voir sa copine peut-être pas si gouine – suspense
– à la campagne. Retrouvailles. Copine et copine copinent,
picorent et picotent au coin du feu, s’émoustillent
et frétillent gaiement en se remémorant leur vie de
couventines curieusement si intime, s’enivrent un peu –
que voulez-vous, l’air de la campagne – se fondent dans
un lesbian kiss si souvent vu aux vues – que voulez-vous?
L’exotisme de la campagne n’échappe pas aux clichés
urbains – pour finalement devenir compagnes. Fin.
Cette histoire de fées, de copines
qui se transforment en compagnes, dans un échange bilingue
où le désir se construit dans un mouvement du centre
vers la périphérie, c’est aussi une façon
pour moi d’interroger une représentation décentrée
des lesbiennes.
Car au cinéma, comme dans toute fable
urbaine, trop souvent la frontière queer s’est
résolument érigée par sa qualité homogène,
urbanisée. Bien sûr, la tradition cinématographique,
surtout anglo-américaine et européenne n’est
pas complètement ingrate. Pensons ici au grand classique
du frotti-frotta lesbien Desert Hearts (Donna Deitch, 1985).
Plus récemment, Gazon Maudit (Josiane Balasko, 1994)
s’est imposé comme antidote au « lesbian chic
» de la métropolis et Boys Don’t Cry
(Kimberly Pierce, 1999) nous a rappelé « the fear of
the midwestern planet ». Si on veut porter la campagne aux
confins de la ville, on peut toujours se dire que Go Fish!
(Rose Troche, 1994), un produit « local » de Chicago
et The Watermelon Woman (Cheryl Dunne, 1996)
[6],filmé dans les quartiers périphériques
de Philadelphie, offrent tous deux quelques escapades excentriques
au corps lesbien apprêté à la traditionnelle
sauce new-yorkaise.
À l’échelle locale, Léa
Pool avec son Emporte-moi (1998), Anne Golden avec son
western spaghetti Big Girl Town (1998), ou Thom Fitzgerald
avec The Hanging Garden (1997) nous ont ouvert une fenêtre
sur les country queers en Canada. Plus subtilement, le
très rose bonbon Better Than Chocolate (1999) d’Anne
Wheeler a permis de sortir la lesbienne du corridor Montréal-Toronto
et de l’amener sur la côte ouest (Vancouver). Enfin,
incontournable référence, le seul film produit par
le défunt Studio D de l’Office national du film qui
a su capitaliser sur le plaisir et le profit, le documentaire Forbidden
Love (Aerlyn Weissman et Lynne Fernie, 1992) nous a tracé
une cartographie lesbienne d’un océan à l’autre
avec des escales bien salées à Toronto et Montréal
et quelques arrêts bien sentis dans les espaces naturels et
panoramiques des vertes plaines de l’ouest avec l’inimitable
lonesome cowgirl.
Nous sommes en 2004, Shania Twain persiste
avec la botte de cow-boy, mais le mythe de la lesbienne country
en Canada appartient toujours et encore à la vision romantique
(exotique?) de k.d. lang chevauchant tantôt les vierges Rocheuses,
tantôt la faille californienne (du Golden Gate à Cindy
Crawford, en passant par le toupet de Tony Bennett), tantôt
les dangereuses et acérées falaises des Maritimes
avec l’inimitable pionnière Anne Murray. Dans la tourmente
rurale des Prairies, on se butte aux infatigables Lesbian Rangers,
avec leur mission de bush conservation et leur projet de
protéger la vie sauvage lesbienne, pied de nez bien senti
à Parcs Canada et son straight friendly policy [7].
Va donc pour l’anglophonie country. Les films québécois
francophones eux – Surprise! Surprise! –, ont fait peu
de cas de la culture lesbienne country, voire de la lesbienne tout
court, tout occupés qu’ils sont à nous montrer
le mâle hétéro de préférence en
perpétuelle crise d’adolescence, avec une imagination
sexuelle à peine plus grosse qu’une crotte de pigeon
et une fascination morbide pour un post mortem national.
Enfin, Revoir Julie. Le film détone
et étonne, trouble aussi face à un schème représentatif
où le corps lesbien n’existe pas en dehors de sa matérialité
urbaine. Vaguement autobiographique, résolument local –
on reconnaît le Plateau Mont-Royal, le franglais – Revoir
Julie, c’est un peu la version lesbienne country du fantasme
hétéro lesbien nécessairement urbain. Un peu
« granola », pas vraiment osé, ni sexy, quelques
becs de soeurs et hop! On est compagnes. Malgré la facture
naïve et la pruderie des gestes et regards, on s’étonne.
Lors de la première du film en 1999 au Festival Image &
Nation, une salle pour l’occasion et sans grande surprise
majoritairement francophone et mixte a roucoulé sous le romantisme
fleur bleue et l’humour franchement fin du scénario
concocté par la cinéaste Jeanne Crépeau. Perplexe
et songeuse, je me demande encore si c’est dans cette hésitante
spatialité, dans ce no where entre la ville et la
campagne que le film tire sa force et son attrait. C’est donc
hors du corps, hors du sexe que s’opère le processus
de reconnaissance du moment public. Ainsi, les retrouvailles homoérotiques
se dispersent dans les mots, les mots qu’on chuchote en ville
et dont on rêve à voix haute à la campagne.
Alors, encore une fois, je me dois de revenir
à ma question initiale : Is there a border to queerness?
Et comment cette frontière se matérialise-t-elle ou
se brise-t-elle dans un film comme Revoir Julie?
Premièrement et toujours, le sexe.
Novices à deux, timides à deux, Julie et Julie se
touchent à peine. On veut bien, mais on est perplexes : un
bout d’orteil qui frétille sous la courtepointe de
maman n’éveille pas nécessairement les passions
les plus sauvages. Le sexe est d’abord celui des lèvres
qui murmurent et embrassent, des yeux qui à force de fixer
finissent par loucher un peu. Pour la chimie torride du genre «
fond de baignoire » à la Gazon Maudit, ou
public toilet sex à la Better Than Chocolate,
ou sur un trapèze en haute voltige à la When Night
is Falling (Patricia Rozema 1995), on repassera. Mais le film
étonne encore pour une autre raison aussi : ici le coming
out – la sortie –, vaguement inspiré d’une
légende urbaine, n’est possible que dans un moment
qui n’appartient plus à la ville. Retour aux sources,
retour aux becs de soeurs, retour à la nature, retour à
une forme de « lesbian cultural feminist film »? (Dyer).
Ici, les gestes totalisants de la représentation ont très
peu d’espace et de visibilité tant les chaussons de
laine ont la fibre épaisse. On s’ennuie un peu de la
dentelle fine, on s’ennuie du visible reconnaissable, de la
lesbienne chic qui, avouons-le, a la séduction un peu plus
aguichante. En somme, le voyage de Juliet à la campagne,
dans le contexte actuel de l’hypersexualisation des corps,
c’est celui de l’autre, « the uninvited
» (White), mais tout de même et malgré tout un
peu queer.
Deuxièmement, la langue. Il est beaucoup
question de langue(s) dans le film, même si on en voit peu.
Dommage, mais vrai. Dans le délire de langues, les reparties
volent et la séduction est d’abord celle de l’esprit.
La langue devient ici une traversée des géographies
identitaires : celle de l’homoérotisme aux frontières
du rural. Par souci d’être entendue, sentie, touchée,
prise, Juliet troque Margaret Atwood et sa feuille d’érable
pour Michel Tremblay et ses lys. Quant à Julie, par vertu
de maintenir la barricade des dessous sainte flanelle bien en place,
elle persiste et signe en français, génération
de la loi 101 oblige. Frontière à peine dessinée,
la trêve a ses vertus : Julie devient l’héroïne
de Juliet. L’identité sexuelle se réconcilie
donc dans le mouvement de Juliet vers Julie, dans la confusion de
la ville et de la campagne. Dans la communauté des mots,
des discours en français, Crépeau revendique, il me
semble, une frontière identitaire francophone et nationaliste
: la ville c’est l’impossible frontière : le
trop-plein du visible et du même. Contre toute attente et
dans un bras d’honneur à la ville, la campagne devient
alors l’espace du possible : celui de la fusion des langues.
Conclusion
Mes réflexions autour de Revoir
Julie s’inscrivent dans un désir d’interroger
l’effet étouffant et normalisant d’une certaine
représentation queer ou ce que Judith Butler appelle
« the totalizing gestures of feminism/queerness » (Butler
1993, 7) . Pour moi, un des gestes totalisants d’une politique
queer lesbienne serait justement de fondre et ce, dans
une logique de propriété et non d’appropriation
sur le corps, l’espace d’expression du désir
lesbien à une culture cosmétique urbaine. À
cela, je rétorque : qui dit propriété dit frontière
à repousser, à contourner. Circonscrire la représentation
d’un sujet lesbien aux formes des gratte-ciels réduit
plutôt qu’ouvre sur les régimes de reconnaissance
et de dissonance d’un sujet queer. Établir
une hiérarchie des désirs selon l’axe ville-campagne
contribue à maintenir une tradition historique où
la ville s’impose comme le seul lieu de transformation et
de mise en langage de la sexualité et de l’identité.
Mais pis encore que les considérations cosmétiques
panoramiques, l’appartenance communale lesbienne à
une frontière homogène « gets in the way of
queer criticism ». En ce sens, l’intérêt
récent pour une géographie queer non seulement
décentrée par rapport aux lieux communs urbains, mais
aussi une géographie transnationale queer dans le
sens à la fois de transcommunale (il n’y a pas UNE
communauté queer unique) et de transcoloniale (le
monopole de l’expérience queer n’appartient
pas à l’exemple unique occidentalisé) ne peut
que nous aider à mieux saisir les lieux éclatés
et parfois paradoxaux de l’espace queer en devenir.
C’est en sens que la ville, au-delà
de la référence mythique de la sexualité queer,
est aussi un espace en perpétuel mouvement, un lieu de frontières
internes et de luttes intestinales, en bref un lieu de conditions
paradoxales pour la représentation queer. Je me
permets de revenir ici à Eric Clarke (2000) qui propose le
concept de « publicité » pour analyser les modalités
du possible de la visibilité des gais et lesbiennes dans
l’espace public. Selon Clarke, par publicité, il s’agit
non seulement de comprendre le rapport visibilité/espace
publique en termes de quantité – « the more you
see, the better is » –, mais aussi en termes de qualité,
soit par la façon dont les régimes de circulation
d’une certaine représentation queer unidimensionnelle,
unisexe, unirace viennent à dominer, et ce tant sur le plan
économique, culturel ou politique. Dire que le lieu de formation
de l’identité sexuelle appartient à la ville,
c’est justement refuser de penser la sexualité et le
rapport à l’identitaire sexuel et ethnique (ici la
langue) en termes de qualité publique, pour plutôt
se contenter d’une évaluation quantitative de la représentation.
D’où l’urgence de saisir sur le plan critique
et non seulement romancé un espace frontalier hybride, mixte,
intra-urbain, intranational, construit dans sa relation à
la normativité autant que dans sa relation à la transgression.
D’une part, il s’agit de faire une visite à la
campagne pour déconstruire la ville comme une zone homogène
de désir sans conflits, sans rapports de pouvoir et de force.
Au-delà des cloches maritales, il ne
faut pas oublier que la métrolesbienne ou la/le
métroqueer, cette figure extrême et hypermédiatisée
de l’urbanité gaie ou lesbienne, est aussi exposée
aux formes tant latentes qu’explicites de l’homophobie.
D’autre part, il faut résister à la tentation
de prolonger la frontière urbaine pour créer une banlieue
queer (pour celles et ceux qui seraient tentés par
l’aventure je les invite au revoir un classique de toujours,
Suburban Dykes, 1991 [8]).
Le détour par la campagne, par Revoir Julie, contribue
en fait à repenser l’histoire queer et ses
légendes urbaines, donc en fait à questionner la monopolisation
des frontières sexuelles conformément à des
balises uniques qui ne font pas de place aux fluctuations ethniques,
linguistiques, culturelles qui elles s’imprègnent de
spatialités diverses, incluant celles des rapports entre
sexualité et nation.
Notes
[1] Pour une discussion
sur le global queer, voir mon essai: “Between Queer-and-Lesbian:
Translated Politics.” (2000)
[2] K. Rudy. «
Girl Deconstructed: Lesbian Feminism in Durham, North Carolina.
» Communication non publiée. American Studies Association
(ASA) Conference, Seattle, WA, novembre 1998.
[3] Voir notamment
le numéro spécial de la revue GLQ 5: 4, 1999 qui a
lancé le débat dans les universités américaines:
Thinking Sexuality Transnationally, numéro sous
la direction de Elizabeth A. Povinelli et George Chauncy. Depuis,
de nombreux textes ont paru, et même la revue Social Text
s’y est mis avec la parution prochaine (en 2005) d’un
numéro spécial sur la nécessité de décentrer
« Queer in America ». Le numéro est sous la direction
de José Munosz et Judith Haberlstam, deux figures de proue
de la théorie queer aux États-Unis. Cette
dernière, auteure de Female Masculinity, publiera
chez NYU Press un tout nouvel essai: In a Queer Time and Place:
Transgender Bodies, Subcultural Lives, avec notamment un chapitre
sur l’épisode Brandon Teena.
[4] Pour une excellente
analyse historique du sitcom Ellen dans le contexte télévisuel
national américain, voir l’article de Anna McCarthy,
« Ellen: Making Queer Television History. »,
GLQ 7: 4, 593-620.
[5] Je fais bien
sûr allusion au célèbre concept du flâneur
chez Walter Benjamin.
[6] Le titre du
film de Dunne est bien sûr une boutade au classique «
blaxploitation » de Melvin Van Peebles, The Watermelon
Man (1970).
[7] Moitié
performance plein-air, moitié comédie bouffonne, les
Lesbian Rangers, incarnées par les vidéastes
artistes Shawna Dempsey & Lorri Millan, sont une sorte de réincarnation
queer postmoderne du ranger américain, en plus d’offrir
une parodie du cliché de la lesbienne nature. Pour un «
historique » de la création des Lesbian Rangers,
voir S. Dempsey & L. Millan, « The Lesbian Field Guide
to North America (three excerpts) » dans Prairie Fire
(Flaiming Prairies: The Queer Issue), 22: 2 (Juillet
2001) : 70-75.
[8] Dépeint
comme un classique moderne de la porno lesbienne, le film met en
vedette l’ineffable Nina Hartley (Bubbles Galore)
et Sharon Mitchell.
Ouvrages cités:
J. Butler. Gender Trouble: Feminism and the Subversion
of Identity. New York: Routledge, 1990.
J. Butler. Bodies that Matter: On the Discursive
Limits of “Sex”. New York: Routledge, 1993.
E. Clarke. Virtuous Vice: Homoeroticism and the
Public Sphere. Durham & Londres: Duke University Press,
2000.
R. Dyer. Now You See It: Studies on Gay and Lesbian
Films. Londres: Routledge, 1990.
C. Nadeau. “Between Queer-and-Lesbian: Translated
Politics.” Concerns, a journal of The Women’s Caucus
for the MLA, Special issue: Recent Lesbian Theory. S. Somerville
& J. Roof (dir.) 27: 3/ 4 (2001): 53-66.
E. Probyn. Sexing the Self. Londres: Routledge,
1993.
E. Probyn. “Beyond Food/Sex: Eating and the
Ethics of Existence.” Theory, Culture & Society 16:
2 (1999) : 215-228.
M. Wagner. The Trouble with Normal: Sex, Politics,
and The Ethics of Queer Life. Cambridge, Massachusetts: Harvard
University Press, 1999.
P. White. Uninvited: Classical Hollywood Cinema
and Lesbian Representability. Bloomington & Indianapolis:
Indiana University Press, 1999.
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