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Masculinité, sexe et espace dans l’affirmation de
l’identité culturelle.
Métissage et altérité dans trois films québécois.
Dominique Rochon
Cégep de Jonquière

Le déclin de l’empire américain (réal.
Denys Arcand, 1986)
Dans cet article, je tenterai de montrer l’évolution
du concept d’identité nationale à travers la
sexualité, la masculinité et l’espace. En fait,
le thème de la sexualité sera développé
en trois définitions, soit le sexe, l’amour et l’amitié.
Pour la masculinité, il sera surtout question d’analyser
les principaux modèles masculins proposés par les
films du corpus. Finalement, l’espace sera divisé en
deux territoires, soit le lieu géographique et la langue.
Cette recherche n’a d’autre prétention
que de survoler ou de proposer une tendance dans le cinéma
québécois des trente dernières années.
Les films à l’étude seront Deux femmes en
or (1970) de Claude Fournier, Le déclin de l’empire
américain (1986) de Denys Arcand et Un 32 août
sur terre (1998) de Denis Villeneuve. J’essayerai d’établir
certains liens entre ces réalisations et des événements
marquants de l’histoire récente du Québec, soit
la crise d’octobre, le référendum de 1980 et
celui de 1995. La question au cœur de ce travail : de quelle
façon dit-on le Québec dans ces trois films?
Contextes
Afin de bien analyser les trois films qui
serviront à comprendre l’identité nationale
au Québec dans cette étude, il ne faut jamais écarter
le contexte dans lequel ils furent produits et sortis en salles.
Deux femmes en or de Fournier a paru quelques mois avant
la crise d’octobre. Le déclin de l’empire
américain d’Arcand est sorti dans une ambiance
de précarité économique dans la province et
de malaise politique pour les souverainistes. Finalement, Un
32 août sur terre de Villeneuve a occupé les écrans
quelques années après un deuxième échec
pour le mouvement indépendantiste.
À cela il faut ajouter les conditions
de production qui ont permis la création de ces œuvres
cinématographiques. Fournier profite de la vague des films
érotiques enclenchée par Denis Héroux à
la fin des années 1960 (Valérie, L’initiation).
À ce titre, Fournier répond aux demandes de la SDICC
[1] qui cherche à développer une
industrie commerciale du cinéma de long métrage. La
Société possède des moyens financiers «
colossaux » [2] et ne regarde
pas tant à la qualité du film, mais surtout à
son potentiel commercial.
Denys Arcand est moins privilégié
au sens où la province sort d’une crise économique
sérieuse [3] au début
des années 1980 [4]. Les
budgets des organismes qui accordent les subventions sont gelés
(Lever 323). En même temps, les réalisateurs délaissent
le discours politique pour une recherche de l’intimité,
de l’individu (La vie fantôme (1992) de Jacques
Leduc, L’homme renversé (1986) d'Yves Dion
et tous les films de Léa Pool). Le parcours d’Arcand
suit cette tendance.
Les films des années 1990 suivent deux
directions majeures : le film d’époque (15 février
1839 (2000) de Pierre Falardeau, Histoires d’hiver
(1999) de François Bouvier, Une jeune fille à
la fenêtre (2001) de Francis Leclerc) et le « genre
» Plateau Mont-Royal ou urbain [5].
(Eldorado (1995) de Charles Binamé, Souvenirs
intimes (1998) de Jean Beaudin, 2 secondes (1998)
de Manon Briand). Certains critiques ont même suggéré
l’arrivée d’une nouvelle vague dans le cinéma
québécois. Un 32 août sur terre appartient
à la deuxième catégorie. Il est à noter
que Villeneuve fait partie de ce groupe de jeunes réalisateurs
pris sous l’aile du producteur Roger Frappier.
Pour ce qui est des conditions de production,
elles semblent meilleures depuis le succès impressionnant
du film Les Boys (1997) de Louis Saïa. En conséquence,
le nombre de films québécois sur les écrans
de la province a sensiblement augmenté pour atteindre 18,8%
de l’occupation des salles en 1998 [6].
Il faut ajouter que le public est plus friand de cinéma pour
ses sorties (25 millions d’entrées en 1998) et que
le nombre de salles a augmenté (50 000 fauteuils de plus
entre 1985 et 1998). Finalement, il semble que le milieu cinématographique
québécois ait emprunté solidement le modèle
du blockbuster hollywoodien, que ce soit dans les sujets
de films ou la mise en marché (Nuit de noces (2001)
d’Émile Gaudreault, La vie après l’amour
(2000) de Gabriel Pelletier, Nez rouge (2001) d’Éric
Canuel). Bref, l’industrie du cinéma au Québec
va plutôt bien.
Autant de mises en contexte et de statistiques
peuvent, d’entrée de jeu, paraître un peu lourde.
Toutefois, comme l’énonce Pierre Sorlin : « [...]
le cinéma que nous pouvons aujourd’hui étudier
ne se sépare pas du cadre économique dans lequel il
prend place » (Sorlin 78). Même si ce commentaire date
un peu, il souligne l’importance de lier l’économie
à l’étude du film. J’ajouterais que c’est
particulièrement important quand il s’agit de comprendre
une société donnée, alors que le cadre de production
est en majeure partie étatique.
Film institutions have political interests
which ultimately determine what films are made, let alone what films
are seen. The examination of the operation of these institutions
reveals the nature of the interests they serve, and what their function
means for the audiences, the industry, and the culture as a whole
(Turner 134).
Bien entendu, l’étude du fonctionnement
des sociétés gouvernementales vouées au soutien
de la production cinématographique est une entreprise trop
imposante et pas vraiment nécessaire pour cet article. Il
reste que cette commande devrait être sérieusement
prise en charge.
Identité et nationalisme
Il est presque ironique que la rédaction
de ce texte se fasse peu de temps avant les fêtes nationales
du Québec et du Canada. C’est un excellent point de
départ justement. En effet, ces moments festifs sont une
occasion pour sortir la fibre essentialiste dans la population [7].
Toutefois, cette essence nationale est changeante. Les héros
collectifs – la mémoire du peuple, ses événements
marquants – ne sont pas toujours les mêmes. À
la base de cette évolution, les figures d’altérité
: « La culture résulte donc d’un rapport de force
interculturel négocié et renégocié de
traditions continuellement réinterprétées et
refaites d’apports extérieurs ». (Turgeon 386).
L’expression utilisée généralement
est celle de métissage pour tenter d’expliquer l’identité.
C’est le résultat d’un processus transculturel
dans lequel « les composantes se rencontrent, s’unissent,
se recomposent ou composent un nouvel ensemble sans perdre leur
intégrité, leur singularité » (Uzel 404).
Je tiens à proposer déjà cette idée,
même si je n’y reviendrai que plus tard dans ce texte.
Sexe, amour et amitié
La sexualité est habituellement liée
à la relation amoureuse. On imagine qu’il existe bien
une certaine émotion entre deux personnes qui ont une liaison.
Chez Fournier et Arcand, on semble loin de cet idéalisme!
Villeneuve s’approche davantage de cette conception. Ici,
il sera question de comprendre l’utilisation de la sexualité
dans les films du corpus.
Dans le film de Fournier d’abord, le
sexe est au centre du récit. Les deux agents catalyseurs
sont Fernande et Violette, deux voisines et amies qui, pour passer
leur ennui de ménagères, baisent tout ce qui existe
de livreurs et réparateurs dans la banlieue de Montréal.
Dans ce film, les femmes exercent le pouvoir sexuel et les hommes
le subissent. Le défilé de représentants mâles
dans leur maison de banlieue est une occasion pour les deux femmes
d’affirmer un rang supérieur. Même si le but
premier est de déshabiller systématiquement les comédiennes,
les objets sexuels demeurent les hommes du film (du moins du point
de vue des personnages féminins principaux). En aucune façon,
les hommes ne sont montrés en situation de pouvoir. Ils sont
tous manipulés et à tous les niveaux. J’y reviendrai
plus tard.
Le sexe possède également une
connotation sociale dans la mesure où il existe en fonction
d’une pratique amicale entre deux femmes. Cette activité
permet de renforcer leurs liens affectifs. On savait que leur relation
était déjà très forte (confidences intimes
nombreuses, remplacement du téléphone par un système
parallèle pour désengorger la ligne), mais elles trouvent
important d’ajouter un loisir commun à cette amitié.
Dans le cinéma québécois des années
1990, on préfère jouer au hockey dans une ligue de
garage.
Cette prise en charge de leur existence par
Fernande et Violette a probablement eu un écho chez le public
québécois de l’époque. Tout comme une
bonne partie de la population québécoise, les deux
femmes aspirent à une réalité différente.
En se posant comme figures d’autorité, elles sont devenues
les modèles de référence dans ce film.
Tout comme dans le film de Fournier, le sexe
est au cœur du récit dans Le déclin de l’empire
américain. Sauf que la manière d’en discuter
(parce que c’est surtout de ça qu’il s’agit)
demeure plus subtile, mieux enveloppée. Dans ce cas, le sexe
est essentiel parce que, pour paraphraser le personnage joué
par Pierre Curzi, c’est tout ce qu’ils leur restent.
Cela sous-entend de nombreux échecs : professionnels, amoureux
et idéologiques. Cette propension à remplir l’espace
verbal de grivoiseries cache malhabilement le vide et le déséquilibre
de leurs existences. Les propos de Denys Arcand vont dans ce sens
:
[I]l m’a semblé que le seul sujet
de conversation duquel on ne décroche pas comme spectateur,
aussi bien au restaurant qu’au cinéma, était
le sexe. […] Du même coup, je faisais le bilan de ma
propre vie et de celle de certains de mes proches, celui de notre
désarroi amoureux et sexuel, et ce, peu de temps après
avoir vécu ma crise de la quarantaine (Coulombe 91).
C’est ce qui rend ses personnages aussi
peu sympathiques. Ils ne sont pas en contrôle de leur vie.
Le sexe est une façon de combler un manque. Contrairement
aux femmes du film de Fournier, le sexe n’est pas un instrument
de pouvoir, mais le constat d’une défaite, une résignation.
Le pas à franchir est minime pour quiconque chercherait à
tisser un lien entre cette attitude et l’échec du référendum
de 1980. Ainsi, ces propos d’Arcand :
Par exemple, cette longue analyse du Déclin…
qui le décrivait comme un film postréférendaire.
Ce n’est pas de cela du tout dont je parlais, mais il n’est
pas impossible que j’aie été perméable
à un certain nombre d’idées courantes, d’atmosphères
et que cela se soit reflété dans mon film (Coulombe
84).
Encore une fois, le sexe est étroitement
lié à l’amitié. Comme pour le film de
Fournier, l’amour n’est pas une nécessité
à l’acte sexuel. En fait, il s’agit d’un
moyen utilisé par le groupe d’amis pour maintenir le
lien qui existe déjà entre eux. On parle et on «
fait » le sexe ensemble (généralement). Les
personnages n’éprouvent pas de crainte, en faisant
l’amour avec un ou une ami(e), de changer la nature initiale
de leur relation. Le sexe sert de cohésion sociale dans cette
famille créée de toutes pièces, à défaut
de projet idéologique plus noble.

Un 32 août sur terre (réal. Denis Villeneuve,
1998)
Dans Un 32 août sur terre enfin,
le sexe est pratiquement absent. Il y est davantage suggéré
(il faut faire un enfant, ce qui implique une relation sexuelle)
que véritablement montré. Le problème de Simone
et Philippe est qu’ils sont de très bons amis. En cela,
les personnages de Villeneuve sont plus près de la réalité
commune que ceux des deux autres films. Ce qui n’est pas sans
rappeler les propos de Michael S. Kimmel qui écrit dans The
Gendered Society :
But it’s equally true that we believe
friendships to be purer, and more lasting than sexual relationships.
In our world, lovers may come and go, but friends are supposed to
be there forever. That’s why we also often find ourselves
saying that we don’t want to ‘ruin’ the friendship
by making it sexual (Kimmel 211).
Il s’agit probablement de la raison
pour laquelle Simone présente son projet d’une manière
aussi « clinique » à Philippe. L’idée
n’est pas de pratiquer un acte sexuel, mais de faire un don
« organique ». S’ils étaient dans un film
de Denys Arcand, la question ne se serait même pas posée.
Mais voilà, chez Villeneuve, on ne baise que si l’amour
est présent entre les deux amants.
Quatre scènes en particulier annoncent
la possibilité d’une éventuelle liaison entre
les deux amis. Les trois premières occasions (à l’appartement
de Simone, dans le désert de Salt Lake City et à la
chambre d’hôtel style « spatial ») résultent
en échec. Les deux premiers essais manquent de spontanéité.
Simone et Philippe sont incapables de passer à l’acte
sexuel puisque le cadre leur est trop artificiel. Ce ne serait définitivement
pas une relation « normale » pour eux. Pour la scène
de la chambre d’hôtel, le prétexte ou la raison
qui permettrait la procréation est justifié par la
consommation abusive d’alcool. Encore là, l’approche
établie par Simone est rapidement bloquée par Philippe.
Seule la dernière opportunité semble se diriger vers
une conclusion qui satisfait les deux parties en présence.
Après la lecture de la lettre rédigée par Philippe
(où il annonce son souhait de ne plus la revoir, mais où
il déclare également son amour pour elle), Simone
reconnaît son erreur et la réciprocité de ses
sentiments amoureux. La relation sexuelle peut ainsi avoir lieu
à la toute fin du film puisque l’amour sera la raison
de l’union.
Contrairement au Déclin, Villeneuve
propose qu’il existe un espoir. Alors que les personnages
du film d’Arcand pratiquent le sexe par désillusion
et par intérêt personnel, dans Un 32 août
sur terre on le fait par amour et pour construire un projet
commun (un bébé, on s’en doute). Le sexe, dans
les deux premiers films, demeure une façon de combler les
besoins individuels et affectifs de façon instantanée.
Dans une certaine mesure, c’est également le cas pour
le film de Villeneuve. À la différence notable que
Simone et Philippe sont conscients de répondre aux besoins
de l’autre, alors que dans les films précédents
les personnages ne se préoccupent que de leur propre bonheur.
Bref, l’utilisation du sexe dans ces
trois films montre une progression qui se définit comme suit
: Deux femmes en or : Le sexe comme instrument de prise
de pouvoir et d’affirmation identitaire. Il répond
à un besoin individuel, mais représente la collectivité;
Le déclin de l’empire américain : Le
sexe comme objet de cohésion sociale à défaut
de projet collectif. Il sert de plaisir individuel égocentrique,
mais c’est le seul bonheur qui leur soit encore accessible;
Un 32 août sur terre : Le sexe comme conséquence
de l’amour entre deux personnes. Il poursuit la recherche
du bonheur individuel, mais dans le respect du projet personnel
de chacun des participants.
Masculinités
Comme je le proposais dans un travail de recherche
précédent, la société québécoise
serait passée, depuis les années 1950, d’un
ordre patriarcal (quoiqu’il était en perte de vitesse)
à un système social fondé sur l’individualisme
dans un contexte multiculturel (Rochon 183). Il est alors pertinent
de remarquer les implications de ce changement social pour la définition
de la masculinité dans les film de notre corpus. Dans le
cinquième chapitre de son livre Quebec National Cinema, Bill
Marshall avance l’idée que l’échec du
projet national est fréquemment lié aux figures d’hommes
ratés de son cinéma (Marshall 109). Même si
l’énoncé est intéressant, il me semble
difficile à défendre. Comment expliquer les personnages
masculins des films préréférendaires? Il est
vrai que le repli sur soi semble être caractéristique
de la société canadienne française, ce qui
renforce la thèse du rapport entre identité nationale
et figures de la masculinité. Toutefois, il me semble que
les images de l’homme dans le cinéma québécois
vont au-delà d’un concept limité à l’échec
du projet national. En fait, les personnages masculins, peu importe
ce qu’ils représentent, sont généralement
associés à l’échec. L’exemple du
film Les Boys de Louis Saïa est probant. Marshall
a bien raison de comparer cette réalisation au film The
Full Monty (1997) de Peter Cattaneo :
Both films […] trace the consequences for
older national and regional cultures of the ‘new’, that
configuration of individualism, post-industrialization, post-Fordism,
and gender instability which might be explored under the heading
of the ‘postmodern’. In this way, Les Boys
can be seen to adress the contradictions and shortcomings of this
transition (Marshall 205).
Cette comparaison avec un film britannique
(donc une culture très proche de celle des Québécois)
montre que l’analyse de la masculinité dans le cinéma
québécois ne peut se justifier uniquement par l’échec
d’un projet national (mais sûrement davantage par le
renouveau d’un système social). L’accumulation
de ratés masculins au cinéma n’est sûrement
pas réservée au Québec. Finalement, j’ajouterais
que cet « échec », c’est celui d’une
moitié de la population. Donc une victoire pour trois millions
d’autres!
Néanmoins, l’association entre
identité nationale et masculinité permet tout de même
de comprendre un peu mieux la société québécoise.
Je dois également reconnaître que le corpus de films
utilisé dans ce travail n’aide en rien à régler
le problème qui précédait : les hommes sont
tous des ratés notoires et les femmes incarnent le plus souvent
des modèles d’affirmation personnelle!
Dans Deux femmes en or par exemple,
la masculinité en prend pour son rhume! Il semble que les
couples y fonctionnent comme à l’époque de
La petite Aurore, l’enfant martyre (Jean-Yves Bigras,
1951), où la femme était reine du foyer et où
l’homme n’avait pas droit de regard sur cet univers.
Chez Fournier, les couples en présence sont toujours en pleine
division sexuelle des tâches : la ménagère versus
le pourvoyeur économique. Les deux figures masculines du
film, Yvon-T. et Bob, sont les figures d’altérité
du film (puisque Violette et Fernande sont les personnages principaux).
Ils représentent le pouvoir économique (ils rapportent
un salaire à la maison). Ce statut ne demeure peu ou pas
respecté par leur femme puisqu’elles dépensent
sans véritablement compter. Fait important, les deux hommes
du film sont les seuls à collaborer avec la culture anglophone.
Yvon-T. parce qu’il travaille pour la Canada Life, qu’il
fait même un voyage à Toronto et qu’il suspend
un tableau avec une photographie de la reine Elizabeth II dans son
salon. Bob parce qu’il amène Yvon-T. au match de la
coupe Grey (symbole canadien).
Bref, la masculinité québécoise
est synonyme de sympathie à l’égard du pouvoir
canadien anglais. L’engagement avec leur femme (société
québécoise) est une façade qui cache de nombreuses
tromperies. Il ne faut pas oublier que la femme est considérée
comme le modèle positif.
Dans Le déclin de l’empire
américain, trois modèles masculins se distinguent
: les intellectuels désabusés, le jeune en rite de
passage (Alain) et l’hyperviril (Mario). Le premier groupe
[8] est composé de mâles
dominants (Rémi, Pierre et Claude). Ils nagent en plein confort
(et indifférence), n’ont pas de problèmes professionnels
ou financiers et entretiennent de nombreuses relations conjugales.
En effet, la conquête sexuelle est un outil de pouvoir, un
symbole important de virilité pour l’homme. Dans un
ordre patriarcal, la relation de force dans les rapports sexuels
offre à la femme le rôle de dominée/passive
et à l’homme le rôle de dominant/actif (Bourdieu
27-28). Il reste que dans le film d’Arcand, ce système
est reproduit par les femmes. En fait, cette collection de conquêtes
sexuelles reprise par les femmes du Déclin est significative
d’une masculinisation de leur identité (Duret 2). Finalement,
rien ne semble pouvoir troubler l’existence de chacun, jusqu’au
moment où leurs armes se retournent contre eux. La déclaration
de Dominique sur les relations sexuelles qu’elle a entretenues
avec Rémi et Pierre a l’effet d’une bombe. C’est
ce qui met fin au couple traditionnel (en apparence) de Rémi
et Louise. Malgré cet événement dramatique,
les personnages reprennent la vie normale le lendemain matin, comme
si rien n’était arrivé.
L’interprétation qui me semble
la plus plausible ici est que la société québécoise
fonctionnerait en apparence très bien. Les institutions et
les élites intellectuelles continuent de vivre, même
si à l’intérieur on reconnaît un désarroi,
un déséquilibre. La société a changé,
le pouvoir d’hier est un traître et les cris viennent
d’une marginalité qu’on ridiculise (Louise et
Mario). Seulement, personne n’a envie de se redéfinir.
Avec le personnage de Philippe Despins, on
est loin du modèle patriarcal d’une autre époque,
mais davantage de la représentation d’une masculinité
réconciliée. En effet, dans le film de Villeneuve,
les rôles sont changés. En considérant que le
fait de montrer ses émotions est un signe de faiblesse (en
opposition avec la virilité), le personnage de Philippe est
plus vulnérable que celui de Simone (elle n’exprime
son affection qu’à la toute fin du film). Ainsi, selon
Victor J. Steidler :
Within a liberal moral culture we are used
to treating emotions and feelings as if they are signs of weakness
that is hard to share with others feeling that we are not letting
ourselves down. Men probably feel this more intensely since they
are used to identifying male identity with a vision of reason and
self-control (Steidler 30).
Simone serait ainsi une femme qui a calqué
son identité sur la virilité masculine traditionnelle,
alors que Philippe est probablement un être hybride.
Il demeure que leurs problèmes de communication, qui perdurent
tout au long de leur escapade (ils sont incapables de reconnaître
ou de révéler leur amour), sont la conséquence
de cette masculinisation (au sens traditionnel) des rapports entre
humains. C’est en acceptant la part émotive d’eux-mêmes
qu’ils pourront construire un avenir plus équilibré.
Dans le même sens, la « mort » de Philippe doit
être vue comme un succès. Du moins, si on la compare
avec d’autres films québécois. Selon Ian Lockerbie
:
Quoiqu’il en soit, dans les conditions
socio-politiques du Québec, les schémas mythiques
doivent nécessairement refléter, autant qu’un
optimisme pour l’avenir, la précarité de la
condition québécoise tout en essayant, cependant,
de transcender ce que cette précarité a de menaçant.
[...] C’est [l’apothéose] un motif très
typique de l’imaginaire québécois, aussi présent
dans la littérature qu’au cinéma, qui consiste
à présenter la mort d’un personnage comme une
victoire plutôt qu’un échec (Lockerbie 17).
Cette victoire, dans Un 32 août
sur terre, c’est celle de l’être hybride.
Comme je l’écrivais au sujet du film de Villeneuve
: « L’idéal masculin ne passe pas par la masculinisation
ou la féminisation de l’être, mais par la reconnaissance
de l’individualité dans un monde pluraliste »
(Rochon 158).
Où en est rendue l’identité
nationale? L’analyse de la figure masculine dans ce film présente
un modèle positif, un référent qui n’a
rien à voir avec les personnages des réalisations
précédentes. C’est un homme qui est désordonné
(il a étudié dans plusieurs champs disciplinaires,
sans jamais compléter un seul programme universitaire). Il
reste qu’il semble avoir une conviction, c’est qu’il
doit aider son prochain (il décide d’abandonner la
médecine après la lecture d’un article au sujet
des tueries en Algérie). Ses préoccupations ne sont
pas liées au nationalisme, mais au don de soi. Philippe est
à l’intérieur d’une démarche individuelle
qui est inscrite dans un cadre universel.
Pour résumer, la représentation
de la masculinité dans ces trois films révèle
une tendance qui s’exprime comme suit : Deux femmes en
or : L’homme est associé aux symboles du Canada
anglais. Son pouvoir se trouve dans son pouvoir économique.
Les hommes sont des êtres minables et colonisés face
à des modèles féminins positifs qui les trompent
à leur insu pour la plus grande partie du film; Le déclin
de l’empire américain : Les hommes du film d’Arcand
expriment leur pouvoir par leurs conquêtes sexuelles (c’est
la seule chose qu’il leur reste). Les femmes font face à
la masculinisation de leur identité. Dans tous les cas, ce
système est voué à l’échec, mais
encore faut-il le reconnaître. L’exclusion des figures
de la marginalité donne l’impression que cet ordre
est encore loin de changer. L’échec du projet social
semble difficile à digérer; Un 32 août sur
terre : Il n’apparaît pas que Philippe soit galvanisé
par un quelconque projet national. En fait, il semble plus préoccupé
à trouver sa place dans le monde. Il demeure un modèle
positif qui refuse de plus en plus l’ordre passé, mais
semble incapable de définir exactement le futur. L’être
hybride est tourné vers l’universel, en autant que
ses projets se réalisent dans le respect de son individualité.

Le déclin de l’empire américain (réal.
Denys Arcand, 1986)
Espaces : lieux géographiques et langues
La figure d’altérité s’exprime
plus clairement dans le film de Fournier (le monde des Anglais)
que dans ceux d’Arcand et de Villeneuve. Il semble, à
mon avis, que le thème qui permet de mieux comprendre le
problème de l’identité nationale réside
dans le concept d’espace. En fait, il est vrai que la sexualité
et la masculinité posent des indices forts pertinents à
la compréhension de la société québécoise
dans ces trois créations cinématographiques. Il reste
que cette section permettra d’éclairer encore un peu
plus notre lanterne.
Dans Deux femmes en or, les principaux lieux
géographiques du film sont la banlieue sud de Montréal
(Brossard), la ville de Montréal (pour le match de la coupe
Grey), la ville de Toronto et les États-Unis (Broadway).
Mis à part Brossard, les trois autres endroits sont montrés
dans leur caractère anglophone. La banlieue est le territoire
de référence des personnages principaux. Montréal
et Toronto sont occupés par leur mari, ce qui permet de constater
que le milieu des colonisés se trouve dans ces villes. Le
cas des États-Unis est fort intéressant. Violette
et Fernande vendent leur histoire à des Américains
pour qu’elle soit montée sur Broadway. Le succès
passe donc par le pays au sud de la province. Les États-Unis
occupent un imaginaire mythique. Leur rôle est d’une
grande importance dans la définition de l’identité
des deux femmes. C’est comme si elles venaient d’obtenir
la reconnaissance extérieure. Jean-Loup Amselle affirme que
c’est par «l’idée de triangulation, c’est-à-dire
de recours à un élément tiers » que l’on
peut former son identité (Amselle 7 et 14).
La langue utilisée est principalement
le français dans Deux femmes en or. En regard à
ce qui fut énoncé jusqu’à maintenant,
il n’y a pas de quoi être surpris. L’anglais est
utilisé surtout par les personnages anglophones et par Yvon-T.
C’est encore une fois pour marquer son statut de colonisé.
En fait, son anglais n’est pas très bon. On sent que
Fournier a voulu ridiculiser ce francophone qui utilise la langue
de ses patrons pour leur faire plaisir et pour montrer son rôle
de dominé. La situation va beaucoup changer dans les prochains
films.
Chez Arcand, deux lieux sont surtout exploités
: la ville (l’université de Montréal et le gymnase)
et le chalet dans les Cantons de l’est (la cuisine et la salle
à manger). Pour un groupe de professeurs d’université,
on aurait pu s’attendre à des endroits plus propices
à la stimulation intellectuelle. En fait, Arcand souligne-t-il
que ses personnages ne recherchent que les endroits où ils
peuvent trouver du plaisir et du confort. Ce qui m’intéresse
davantage ici, ce sont les lieux dont ils discutent. Les références
à l’américanité et à l’internationalité
sont multiples dans ce film. Le Québec est un lieu où
l’on habite, mais dont il n’est pas indispensable de
parler. C’est le contraire pour le personnage de Mario. Pour
lui, seul le Québec semble intéressant.
Les personnages de ce film, Mario et les huit «
intellectuels », illustrent, au fond, deux excès qui,
à cause de leur « isolement splendide », n’arrivent
jamais à se « relever », à se modérer,
par une dialectique, par un métissage mutuels : l’excès
narcissique, nombriliste, provincial de Mario qui, à force
de s’enfermer au « nous autres », dans le Même
qui rejette l’Autre (Femme, Étranger, etc.), devient
ou plutôt reste un « idiot » québécois;
l’excès de ces universitaires qui, à force de
s’ouvrir sur le monde, sur le passé de l’Autre,
deviennent des « idiots internationaux », coupés
complètement de leurs origines (Weinmann 171).
L’importance est donc accordée
au territoire de l’Autre (les États-Unis notamment).
Celui que l’on occupe n’est guère important pour
les personnages principaux.
Sans répéter ce qui a été
dit pour le lieu géographique, la langue fait face à
la même problématique. Tout le monde parle français
dans le film, mais on peut se douter que l’anglais ou une
autre langue sont utilisés régulièrement par
les personnages principaux. Dans ce cas-ci, il n’est pas question
de servir l’Anglais, mais de participer au village global.
Un 32 août sur terre poursuit
cette tendance. L’espace géographique est double dans
ce cas : Montréal (ou le Plateau, c’est comme vous
voulez) et Salt Lake City. La définition de Montréal
est particulière. Dans le film de Fournier, l’identité
de la ville était identifiable (le fait français,
le stade de football, des références claires comme
le nom des villes). Même chose pour Arcand (mais déjà
c’est plus abstrait) où l’Université de
Montréal est facilement reconnaissable. Dans Un 32 août
sur terre, Montréal est beaucoup plus anonyme. C’est
une ville nord-américaine sans référence explicite
à la québécitude de l’endroit. N’eût
été de la mention du nom de la ville par les personnages,
le film se serait déroulé à New York ou à
Toronto que le scénario n’aurait guère changé.
En contrepartie, Salt Lake City est nommé et montré
explicitement. En fait, c’est son côté mythique
– le désert – qui est au cœur de la deuxième
moitié du film. Ce qui est intéressant dans ce cas,
c’est que le rêve américain, ou plutôt
le charme fascinant qui attirait Violette et Fernande à New
York dans le film de Fournier, est rapidement détruit. Philippe
et Simone sont impressionnés au début, mais désenchantent
après quelques heures sous le soleil. La figure d’altérité
américaine ne fonctionne pas dans leur cas. Leur identité
ne s’émancipe pas grâce au voisin territorial
immédiat. Ils ont probablement rendez-vous ailleurs. Il ne
faut pas perdre de vue que les deux protagonistes sont déjà
en contact avec la planète. Simone est mannequin et devait
se rendre en Italie avant son accident d’auto (on peut se
douter que ce n’était pas son premier voyage). Philippe
s’intéresse à l’actualité internationale
et, dans sa lettre de rupture, il inscrit les endroits (pays, limites
de la ville) qu’il souhaite garder pour lui. À première
vue, la proposition de Philippe est plutôt naïve, mais
sa conception du territoire ne s’arrête pas à
la province : le monde est son espace de vie.
La question de la langue se positionne également
dans la foulée de Deux femmes en or. Les deux personnages
parlent très bien l’anglais. Ce n’est pas un
effort pour eux de s’exprimer dans cette langue, ni une nécessité
pour le travail (par contre, ça leur est sûrement utile!).
Contrairement à Fournier, Villeneuve ne considère
pas que ses personnages soient ridicules de communiquer dans une
autre langue que le français. C’est dans l’ordre
naturel des choses.
Bref, la définition de l’espace
dans ces trois films révèle une évolution qui
s’exprime comme suit : Deux femmes en or : Chez Fournier,
on peut voir le même souci que celui des cinéastes
du direct à montrer et à dire le Québec. On
sent immédiatement que l’action se déroule au
Québec et que le caractère francophone est un acteur
du film. La reconnaissance du Canada anglais est secondaire, celle
des États-Unis demeure majeure; Le déclin de l’empire
américain : Après seulement quinze ans, la société
québécoise n’est déjà plus à
la mode. En fait, le film d’Arcand semble être au point
tournant d’une nouvelle identité. Le malaise est sans
doute causé par la difficulté à reconnaître
que la prétention distincte de cette société
s’effrite. Elle est englobée par l’Autre tranquillement.
Le voisin américain garde une certaine importance
[9] (on est encore en pleine guerre froide, Plattsburgh
peut sauter!); Un 32 août sur terre : La québécitude
semble terminée! L’espace de la province est trop étroit
pour les personnages. S’il y a une partition à faire
quelque part, c’est celle du monde, rien de moins. Simone
et Philippe sont citoyens de la planète, mais tiennent chacun
à une moitié de l’île de Montréal!
Ils tiennent quand même à cette racine culturelle,
même si elle limite leur émancipation individuelle.
Les États-Unis ont perdu de leur aura. L’imaginaire
qui les définissait est révolu; il ne sont plus une
figure d’altérité attrayante.
Tendances du métissage et de l’altérité
En considérant le personnage de Philippe,
dans Un 32 août sur terre, comme le point d’aboutissement
le plus récent d’un changement identitaire dans la
société québécoise, il semble que le
système social de ce peuple soit marqué de plus en
plus par une hybridité culturelle, un métissage universel.
Loin d’être le signe d’une
acculturation, l’imitation est dangereuse pour le maître
car elle permet au colonisé de bénéficier d’une
double vision des choses, d’investir deux lieux en même
temps et de devenir un intermédiaire incontournable. De cette
duplicité naît un espace hybride, un « entre-lieu
» où de nouvelles formes de résistance s’élaborent
et où de nouvelles pratiques culturelles émergent
(Turgeon 392).
La sexualité, la masculinité
et l’espace ont permis de constater que la culture québécoise
a débuté par un essai de définition de soi
ancré dans la comparaison avec l’Autre anglophone (Deux
femmes en or). L’important était de dire le Québec
à ce moment. Puis, l’univers du film d’Arcand
présentait des êtres dépossédés,
en situation de redéfinition, sans qu’ils ne ressentent
ce besoin de se remettre en question. Dans Un 32 août
sur terre, on sent l’émergence de quelque chose
de nouveau, mais de difficile à nommer.
Les trois thèmes qui ont guidé
cette étude conduisent vers la même direction : l’individualité
dans un monde aux possibilités multiples. La figure d’altérité
de l’Anglais n’est plus concevable, sa définition
est trop limitée. L’identité nationale, le Québec
qui est dit aujourd’hui, ne se borne plus aux limites de la
province. Au fait, y a-t-il une limite?
Notes
[1] Société
de développement de l’industrie cinématographique
canadienne.
[2] La Société
possède un budget impressionnant si on le compare avec les
coûts de production de l’époque (environ 335
00$) (Lever 284-286).
[3] Le taux de
chômage était de 15,6% au Québec en 1982 (Hamelin
et Provencher 123).
[4] Ce qui m’incite
à réfuter l’affirmation de Weinmann qui justifie
la déprime des films postréférendaires des
années 1980 dans le cinéma à cet échec.
C’est oublier que 15% de la population était alors
sans emploi. (Weinmann 146).
[5] Pierre Barette
proposait déjà l’idée du « cinéma
du Plateau » en 2001 dans son article
« Clichés montréalais » (21).
[6] Statistiques
sur l’industrie du film, édition 1999, Ministère
de la culture et des communications, 1999.
[7] Par exemple,
à la fête de la Saint-Jean-Baptiste, on se rappelle
de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault, des drapeaux fleurdelisés…
[8] Je consacrerai
l’essentiel de mon argument à ce groupe.
[9] Les États-Unis
occupent une place beaucoup plus significative dans la suite de
ce film, Les Invasions barbares. Notamment, leur système
de santé y est fortement idéalisé. Les voisins
du sud semblent être la référence culturelle
pour Arcand dans son dernier film.
Ouvrages cités
Amselle, Jean-Loup. Branchements. Anthropologie
de l’universalité des cultures, Paris : Flammarion,
2001.
Barette, Pierre. « Clichés montréalais.
» 24 images 105 (hiver 2001) : 21.
Bourdieu, Pierre. La domination masculine.
Paris : Seuil, 1998.
Coulombe, Michel. Denys Arcand : La vraie nature
du cinéaste. Montréal : Boréal, 1993.
Duret, Pascal. Les jeunes et l’identité
sexuelle. Paris : PUF, 1999.
Hamelin Jean et Jean Provencher. Brève
histoire du Québec. Montréal : Boréal,
1987.
Kimmel, Michael S. The Gendered Society.
New York; Oxford : Oxford University Press, 2000.
Lever, Yves. Histoire générale
du cinéma au Québec. Montréal : Boréal,
1999.
Lockerbie, Ian. « Le cinéma québécois
: une allégorie de la conscience collective », C. Chabot
et al. (dir.) Le cinéma québécois des années
1980. Montréal : Cinémathèque québécoise,
1987.
Marshall, Bill. Quebec National Cinema.
Montréal; Kingston : McGill-Queen’s University Press,
2001.
Rochon, Dominique. Image de l’homme dans
le cinéma québécois des années 1950
et 1990. Mémoire de maîtrise, Université
de Montréal, 2001.
Sorlin, Pierre. Sociologie du cinéma.
Paris : Éditions Aubier Montaigne, 1977.
Steidler, Victor J. Unreasonable men : Masculinity
and Social Theory. London; New York : Routledge,1994.
Turgeon, Laurier. « Les mots pour dire les
métissages : Jeux et enjeux d’un lexique », Le
Soi et l’Autre : L’énonciation de l’identité
dans les contextes interculturels. Pierre Ouellet (dir.). Sainte-Foy
: Les Presses de l’Université Laval, 2002.
Turner, Graeme. Films as Social Practice. Londres;
New York : Routledge, 1993.
Uzel, Jean-Philippe. «L’art comme palimpseste.»
Le Soi et l’Autre : L’énonciation de l’identité
dans les contextes interculturels. Pierre Ouellet (dir.). Sainte-Foy
: Les Presses de l’Université Laval, 2002.
Weinmann, Heinz. Cinéma de l’imaginaire
québécois. Montréal : Hexagone, 1990.
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