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Je ne le connais pas tant que ça : Claude Jutra
Tom Waugh
Université Concordia
Traduit de l’anglais par Bruno Cornellier

Claude Jutra (Collection Cinémathèque québécoise)
Claude Jutra (1930-1986), réalisateur,
scénariste et acteur; ancêtre, énigme et martyre
du cinéma gai et lesbien au Canada, dont l’œuvre
prodigieuse contient un seul moment explicitement « queer
». Mais ce moment – cet instant –, dans À
tout prendre (1963), fut accompagné de vrombissements
et de coups de semonce! Bien sûr, il y eut aussi sa comédie
de maternage lesbien avec Patty Duke (By Design, 1981),
suffisamment explicite, que Cindy Patton dans Gay Community
News décrivait comme « un film médiocre
qui se gausse des conventions hétérosexuelles dans
une critique édulcorée des règles sociales
encadrant la natalité », et que The Body Politic
appelait « Laverne et Shirley font un bébé »
[1].
J’ai écrit plusieurs fois à
propos de Jutra et je n’arrive toujours pas à m’en
départir. La première fois, en 1981, Jutra était
toujours vivant et un ami mutuel me disait que le cinéaste
aimait bien se faire appeler le E.M. Forster du cinéma québécois
(ce que je fis en réponse à son silence à tout
le moins problématique après À tout prendre).
J’ai ensuite écrit à propos de Jutra en 1986,
juste après son suicide assombri par les nuées de
la maladie d’Alzheimer, dans un essai servant d’éloge
funèbre autant à Jutra qu’à son mentor
Norman McLaren, qui mourut le même hiver; une célébration,
donc, des deux « queens » fondatrices de nos cinémas
nationaux [2]. Je m’intéressai
à nouveau à ce duo, en 1994, lorsque je programmai
la légendaire contribution Jutra-McLaren, Il était
une chaise / A Chairy Tale (1957), en tant que texte inaugural
du cinéma gai et lesbien canadien lors de ma rétrospective
The Fruit Machine, à la Cinémathèque
Ontario; non sans un certain appel au jeu, j’encourageai alors
l’audience à lire la pixillation comme allégorie
d’une relation négociant et transcendant la hiérarchie
des rôles (après tout, la chaise, réticente
à jouer le rôle de « bottom », n’est
pas alignée du point de vue des sexes).
Que la sous-culture gaie et lesbienne n’ait
pas intronisé Jutra dans ses canons ne peut être attribué
simplement qu’à son appartenance à un cinéma
national mineur et au fait qu’il parle la mauvaise langue.
Le caractère indirect de ses représentations de l’identité
sexuelle en est aussi pour quelque chose, dans la mesure où
il est de la sorte consigné aux antichambres du canon, déjà
peuplé par les Arzner, Murnau, Whale, Cukor, Eisenstein,
Carné, Minnelli et d’autres membres discrets d’une
génération antérieure.

Claude Jutra et Johanne Herelle dans À tout prendre (1963)
(Collection Cinémathèque québécoise)
Sinon, trente-cinq ans de courants de fond
houleux débutèrent quand l’adolescent Claude
partit avec la caméra qu’on lui offrit pour son anniversaire
afin de tourner deux films « amateurs », Le dément
du lac Jean Jeunes (1948) et Mouvement perpétuel
(1949). Les deux films vibrent non seulement d’un esthétisme
cinéphilique précoce, mais aussi d’une intense
et conflictuelle latence de désir homoérotique; que
Jutra en ait été conscient ou pas, on ne le saura
peut-être jamais. Ces films suggèrent l’exploration
de concepts sous-théorisés, tels que la clandestinité,
les stigmates et la transnationalité, comme autant de positions
d’auteur et spectatorielles. Ils nous forcent également
à confronter le problème de l’érotisme
intergénérationnel comme construction sociale et historique
et comme énergie artistique. En fait, cette problématique
et les tabous qu’elle génère au sein de notre
culture sont sans aucun doute responsables de la position irrégulière
et contradictoire que cet artiste des plus canonisés occupe
dans l’héritage filmique canadien/québécois.
Considérons ces quelques exemples : des photogrammes des
films de Jutra illustrent aujourd’hui la couverture de pas
moins de quatre ouvrages académiques majeurs sur le cinéma
canadien, et comme nous le savons tous, Mon oncle Antoine
(1971) demeure fermement enraciné en tête des palmarès
des meilleurs films canadiens de tous les temps; sans compter qu’au
Québec, un culte commémoratif, déclenché
par sa mort tragique et prématurée, nous a laissé
un auditorium, un prix national de cinéma et un parc urbain,
tous en son nom. Depuis son décès, un ouvrage monographique
sur son œuvre fût publié en anglais, ainsi qu’un
long métrage documentaire sur sa vie et ses films, même
si ni l’ouvrage de Jim Leach, Claude Jutra Filmmaker
(McGill Queens University Press, 1999), ni le film de Paule Baillargeon,
Claude Jutra, portrait sur film (ONF, 2002), ne traite sérieusement
la question de l’identité sexuelle dans leur biographie
de l’artiste. Pendant des années d’ailleurs,
différents ouvrages vont réitérer le rôle
central qu’occupe Jutra dans la trajectoire historique et
le caractère générique des cinémas québécois
et canadien, en particulier son traitement thématique de
la jeunesse et du passage de l’innocence à la connaissance.
Or ce rôle central a été construit par la littérature
à travers les codes et stéréotypes qui s’étendent
des jugements voilés de « complaisance » (Clandfield)
et de « narcissisme », du « Cocteau québécois
» au « masochisme », jusqu’à la «
confusion mentale, morale et romantique que nous avons tous traversée
à cette époque… quel est le secret, quelle est
la clé de la voûte? » Puis il y a les idioties
d’un certain journalisme jaune qui a plus en commun avec les
profils d’abuseurs d’enfants que dépeint allègrement
le Toronto Sun. Savourez cet extrait de Martin Knelman,
rédigé dans les années 1970 et repris dans
une anthologie publiée à la fin des années
1980, qui débute en reconnaissant les sympathies souverainistes
de Jutra, pour ensuite digresser comme suit :
Quand on pense à un cinéaste de 46
ans, timide et grassouillet avec des lunettes de grand-mère,
dansant dans les rues [après la victoire du PQ aux élections
provinciales de 1976], il est difficile de ne pas y voir une scène
rigolote qui serait tout droit sortie d’un film de Claude
Jutra.…la personnalité de l’homme est plus ouvertement,
plus pleinement exprimée dans ses films que dans ses comportements,
dans ce qu’il avait l’habitude d’appeler sa vraie
vie. Comme être humain, Claude Jutra est plutôt timide
et discret. Ses sourires suggèrent qu’il détient
de merveilleux petits secrets, et c’est peut-être pourquoi
il semble pouvoir communiquer plus facilement avec les enfants…son
doux petit sourire et ses remarques joyeusement subtiles et ironiques
indiquent que des choses qu’il n’est pas prêt
de dévoiler se déploient dans sa tête…Luce
Guilbeault, l’actrice, remarquait avec une affection moqueuse
que Jutra aurait dû jouer une des tantes bavardes et comméreuses
de l’héroïne [de Kamouraska], qui portent
des bonnets identiques et se plaignent constamment…[3]
Mais l’affection ludique de Knelman
pour le cinéma de Jutra résulta ailleurs en une réaction
de panique à l’endroit de son chef-d’œuvre
anglophone, Dreamspeaker, dont le paroxysme consiste en
une « baignade à poil », extatique, entre le
héros pubère et son mentor adulte, un géant
amérindien muet.
Le culte commémoratif posthume envers
le cinéaste était tout aussi symptomatique, et les
journalistes qui souhaitaient aborder l’homosexualité
de Jutra étaient menacés de poursuite judiciaire;
un projet de téléfilm biographique incluant des scènes
de sexualité entre pairs adolescents fût d’ailleurs
victime du veto. La brochure commémorative de la Cinémathèque
québécoise, une série d’éloges
funèbres écrits par ses amis et collègues hétérosexuels,
est d’ailleurs bourrée de déclarations tissées
de dentelle où ils affirment, sans une certaine confusion,
qu’ils n’auront en fait jamais réellement connu
ce grand artiste disparu.
Aujourd’hui, après son départ,
je réalise que malgré le fait que nous avons travaillé
ensemble, avoir été ce qu’on peut sans conteste
appeler de vrais amis, je ne le connais pas tant que ça.
Peut-on avoir une nature secrète au point de laisser ses
amis en dehors d’une décision comme la sienne. Sa dernière.
Décision que j’admire. Je ne lui connaissais pas ce
courage…
Claude s’est toujours intéressé aux enfants;
il établit avec eux des relations très privilégiées.
Il avait réussi à créer une communication tout
à fait spéciale avec mes propres enfants, relation
que je lui enviais d’ailleurs…
Claude était perpétuellement au régime; il
mangeait des biscuits Métrécal. Un jour il arrive
avec un tube de lait condensé sucré suisse : «
Tiens, Werner, j’ai trouvé du sperme des Alpes! »
On en mettait dans le café, il en prenait à même
le tube pour faire descendre les biscuits, drôle de régime.
(- Werner Nold, monteur de Jutra).
Claude adorait les enfants. Quand il venait chez
moi, il se roulait par terre avec les miens et leur chien Lupin.
Cris et rires emplissaient alors la maison où il devenait
soudain le plus jeune.
C’était une tristesse de sa vie que de ne pas avoir
d’enfant.
(- Claire Boyer)
Nous nous connaissions déjà depuis
quelques années mais je n’étais pas proche de
lui. Je dirais même que pas mal de choses, naturellement,
nous séparaient.
(- Clément Perron, scénariste de Mon oncle
Antoine)
Il est mort comme il a vécu, solitaire et
discret.
(- Loraine Du Hamel) [4]
Ce ton de surprise et de condescendance reposait-il
sur un malentendu, voyant l’auto-révélation
artistique de Jutra comme étant la chose en soi?
Pensons à sa personnalité d’acteur par exemple,
autant dans ses films que dans ceux des autres, alors qu’il
n’avait aucun scrupule à incarner une vulnérabilité
déchirée ou à s’exposer directement devant
la caméra, et ce au point d’apparaître complètement
nu, ce qui semblait d’ailleurs aller de pair avec nombre de
ses performances. Ses collègues croyaient-ils que parce qu’ils
avaient vu son zizi, ils avaient vu l’homme? Que
son existence tantine définissait sa présence sur
écran aussi bien que derrière la caméra?
Un regard plus attentif sur les deux premiers
films de Jutra est fort éclairant. Le dément,
cinéma amateur dans le sens étymologique exact du
terme, se veut une sorte de mélodrame de feu de camp pour
jeunes scouts; mais c’est aussi et d’abord un mélodrame
d’enfant battu. Le narrateur du film, un jeune scout d’une
douzaine d’années, raconte comment sa troupe a secouru
un jeune garçon victime des abus de son père, un ermite
ivrogne qui termine sa fuite dans une chute mortelle au bas d’une
falaise alors qu’il est poursuivi par la troupe de jeunes
hommes qui prend désormais les allures d’une milice
sanguinaire. Le film est aussi, grâce à Jutra et à
la virtuosité précoce de son collaborateur de toujours,
Michel Brault, aux commandes de la Bolex du jeune Claude, un essai
lyrique sur la forêt estivale et sur la socialisation entre
jeunes hommes, le tout ponctué non par une mais par trois
séquences de baignade commune, d’une longueur et d’une
sensualité délirante; Lord of the Flies rencontre
Boys in the Sand. La famille abusive se veut bien sûr
l’opposé démoniaque de l’idéalisation
de la troupe des scouts, substitut parental et institution de socialisation
masculine, mais les références du narrateur à
la victime passive des sévices brouille la netteté
de la dichotomie : « Il doit être son fils, puisqu’il
semblait l’aimer malgré sa brutalité. »
En conclusion, leur mission de normalisation complétée,
les scouts abandonnent leur désormais domestiqué orphelin
à une famille d’adoption d’une abrutissante tranquillité.
Mouvement perpétuel, son
film suivant, est le court récit onirique d’un triangle
romantique qui se résout dans une violence qui surprend encore
une fois. Un couple hétérosexuel est menacé
par un homme charismatique, torse nu et bien huilé, étiqueté
par l’épithète fort à propos de «
l’autre », qui poursuit le héros masculin dans
les bois, sur un pont, le long de sentiers et de chutes d’eau,
assassinant ce dernier à quatre reprises. L’héroïne
est inefficace et ne sert que de simple devise dans le véritable
échange narratif du film, soit l’intense attraction/répulsion
que partage les deux hommes. Mouvement évolue entre
autres sous la tutelle des cinémas de Maya Deren, d’Eisenstein
et de Cocteau, mais plus étonnamment aussi du Fireworks
de Kenneth Anger, à peine sorti du labo, en 1949. Il n’est
pas surprenant que le critique de La Patrie décrive
Mouvement comme morbide, bizarre, obscure et surréel;
de la sensation pour les seules fins de la sensation. Le jury du
premier Canadian Film Award en décida autrement et alloua
à l’adolescent son premier prix de cinéma.
Mais il y a beaucoup plus dans ces deux films
qu’une naïve partie de plaisir avec une Bolex d’anniversaire
ou qu’une expérimentation moderniste avec la composition
et les mouvements de caméra. Nul n’a besoin d’être
maître d’aérospatial ou de grammaire psychanalytique
pour se questionner sur ce que le jeune artiste cherche à
négocier par cette répétition obsessive du
récit et par l’excès dramatique de violence
à travers laquelle les représentants de la romance
hétérosexuelle et de la famille nucléaire sont
distribués dans les deux films. Et bien sûr il y a
l’homoérotisme flagrant de chaque film – certes
« éphébophile » ! – et la constante
et obsédante réapparition – à la Nosferatu
– du vilain au physique apollinien; et bien sûr les
jeunes scouts s’élançant dans les étangs
au coup de sifflet pour leur communion rituelle, et ce même
au cœur de l’importante mission de sauvetage de l’orphelin
torturé (le narrateur accomplissant son « striptease
» pour la caméra très tôt dans le film
quand, hors-champ, il lance chacun de ses vêtements dans le
champ de la caméra). De toute évidence, le fantasme
scopophilique de la baignade, du combat et de la poursuite entre
personnages de même sexe, et de la mortalité masculine
représentent des confessions et désaveux provisoires
et contradictoires, des pas en avant et en arrière sur le
continuum culturel qui s’étend de la communion homosociale
masculine jusqu’au contact génital entre individus
de même sexe; de l’amour parental au mentor de même
sexe, jusqu’à l’éros intergénérationnel.
La méthode socratique – sans conteste! – et cela
à plus d’un niveau.
Une certaine attention a été
donnée aux échecs critiques et commerciaux des deux
longs métrages les plus ambitieux de Jutra concernant le
destin et la ruine de la passion hétérosexuelle, soit
Kamouraska (1973) et Pour le meilleur et pour le pire
(1975), deux films qui, incidemment, reconduisent le triangle garçon-garçon-fille
de Mouvement perpétuel et qui, dans leurs échecs,
conduiront Jutra à sa période décisive d’exil
et de désarroi, et notamment à la réalisation
de films tels que By Design, qu’il tourne au Canada
anglais. Je préfère voir ces œuvres dans le contexte
plus large du silence « forsterien » de Jutra après
À tout prendre. Certainement, l’instabilité
des derniers quinze ans de son œuvre était inextricable
du caractère indirect avec lequel il se sentit obligé
d’approcher ses sensibilités et préoccupations
homoérotiques. Ce qui put être en grande partie symptomatique
de la blessure qu’on lui infligea suite au « harcèlement
de tapette » auquel il fit face non seulement de la part de
la critique, mais aussi de la part de ses pairs et collaborateurs
Denys Arcand, Jean-Claude Labrecque et même Michel Brault
dans la décennie suivant sa sortie publique – son
coming out – dans À tout prendre, sa
seule escapade dans l’autobiographie littérale; une
blessure qui, nul doute, fût attisée par la censure
imposée plus tard à la voix gaie du film, lors de
sa télédiffusion par la SRC, « un supplice insoutenable
». Comment ne pas faire un film canadien, demandait-il en
1968? « Choisissez un sujet non-commercial, si personnel que
ça en est indécent, banal, futile, immoral, sordide…
», telle était sa première prescription. Nous
ne pourrons jamais savoir à quel point cette amertume était
éclairée par sa conscience de la monstruosité
avec laquelle la société aurait étiqueté
la sensibilité érotique qu’il exprimait sur
celluloïd, un placard dans un placard (un placard qui ne sera
d’ailleurs pas décriminalisé l’année
suivante, en 1969).

Claude Jutra et Michel Brault sur le tournage de Kamouraska (1973)
(Collection Cinémathèque québécoise)
Or son silence est relatif, et il sera essentiel
ici d’ajouter au portrait d’ensemble les documentaires
des années cinquante et soixante, en contrepoint à
ses longs métrages subséquents où la position
du mentor adulte sera de plus en plus problématique –
souvenons-nous de l’ivrogne Antoine et du frivole Fernand
(interprété non sans intérêt pour nous
par Jutra lui-même) dans Mon oncle Antoine –
ou futile, comme dans Dreamspeaker, Pour le meilleur
et pour le pire (1975) ou La Dame en couleurs (1984).
Les premiers documentaires alignent inévitablement l’ouverture
idéaliste des enfants et des adolescents avec l’éducation
bénéfique des adultes. C’est l’Âge
du Verseau qui inaugura de façon grandissante le caractère
destructeur aveugle de l’autorité adulte, par exemple
les policiers qui adoptent des mesures autoritaires contre les skateboarders
insoumis de Westmount dans Rouli-roulant (1966), un film
dédié, et de façon appropriée pour ceux
qui savent lire ce genre d’affirmation entre les lignes, «
à tous ceux qui sont victimes d’intolérance
»; pensons aussi bien à l’éventail de
figures d’autorité fustigées dans Wow
(1969). Grâce à ce point de vue élargi englobant
les fictions et les documentaires comme visions complémentaires
d’un même procès de développement, d’éducation
et de socialisation, une chose est irréfutable : l’intelligence
de Jutra pour ces processus de croissance, la plus sensible et profonde
à l’intérieur de nos deux cinémas nationaux
(dans lesquels les films sur la jeunesse ont de longue date été
un genre privilégié), est régulée et
approfondie à travers la corporéité de ses
héros pubères et à travers l’érotisation
de leurs interactions pédagogiques. Jutra le poète
de l’apprentissage adolescente ne peut être extirpé
ou séparé du Jutra dont l’épanouissement
érotique dépend d’un engagement dans ce processus.
Telle est l’essence de l’œuvre de Jutra. Telle
est aussi la terreur qu’une telle œuvre aura soulevée
pour critiques et historiens du cinéma; le secret et le courage
auxquels ses plus proches collaborateurs ne pouvaient faire face.
Le mot de la fin, je le laisse à Jutra
lui-même, fragment testamentaire tiré de son plus beau
documentaire, Comment savoir (1966), un film soi-disant
à propos des nouvelles technologies d’apprentissage,
mais bien davantage à propos de la persistance de la dimension
intergénérationnelle humaine face au piétinement
du nouvel ordre techno-cybernétique. Cette courte citation
fut écrite et lue en voix off, par le cinéaste, lors
de cette scène magistrale dans laquelle un garçon
dépose une soucoupe sur la corniche de la fenêtre d’une
salle de classe ensoleillée afin d’observer la formation
de cristaux :
Ce que j'aurai appris, ce que j'aurai compris,
seront avec l'amour mes possessions les plus précieuses et
comme l'amour ce qu'il y a de meilleur à recevoir et à
offrir. C'est avec des précautions religieuses que cet après-midi
je viens poser cela dans un rayon de soleil.
Notes
[1] Cindy
Patton. « Humor and Other Obsessions. » Gay Community
News. (6 Novembre 1982) : 7; Sara Londerville, « Laverne
and Shirley Have a Baby. » Body Politic 90 (Janvier/Février
1983) : 42.
[2] Thomas
Waugh. « Nègres blancs, tapettes et ‘butch’
: images des lesbiennes et des gais dans le cinéma québécois.
» Copie zéro (Montréal, Octobre 1981)
: 12-29; « Reclaiming McLaren and Jutra. » Rites
(Toronto) 4 : 10 (Avril 1988) : 10 11, reproduit dans The Fruit
Machine: Twenty Years of Writings on Queer Cinema. Durham:
Duke University Press, 2000: 195-207.
[3]
Martin Knelman. This is Where We Came In: The
Career and Character of Canadian Film. Toronto: McClelland
and Stewart, 1977 : 56.
[4]
Témoignages de Nold, Boyer, Perron et Du
Hamel, dans Claude Jutra: filmographie et témoignages.
Édition spéciale, Copie zéro 33 (Septembre
1987) : 24, 26, 27, 30.
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