Perspectives sur
Challenge for Change / Société nouvelle
L’année 2007 marquera le quarantième anniversaire de ce qui représente probablement la plus importante contribution de l’Office national du film du Canada à l’égard du cinéma documentaire contemporain. Élaboré dans le but « d’améliorer les communications, de créer une plus grande compréhension, de promouvoir de nouvelles idées et de provoquer des changements sociaux », le programme Challenge for Change / Société nouvelle fit éclater les formes du cinéma documentaire militant et socialement engagé et continue encore aujourd’hui à exercer une influence sur de nombreux cinéastes.
Les textes qui suivent constituent des extraits d’une nouvelle série d’entrevues réalisées avec des cinéastes et producteurs directement impliqués dans ce programme révolutionnaire de films documentaires, dont la production s’étend de 1967 jusqu’au début des années 1980. Toutefois, cette période charnière dans le développement du cinéma canadien et québécois demeure encore aujourd’hui à la périphérie de l’histoire culturelle locale, même si elle occupe une place dans les manuels généraux d’histoire du cinéma au Canada. Elle reflète la turbulence sociale et politique des années 1960 et 70, enflamme les pratiques de cinéma documentaire engagé — maintenant commercialisées par les tenants d’un cinéma à la Michael Moore (Fahrenheit 9/11; Bowling for Columbine) et revitalisées par les stratèges des médias indépendants — et demeure un modèle d’utilisation du film et de la vidéo en tant qu’outil d’organisation communautaire.
L’ensemble des propos recueillis offrent préséance aux souvenirs personnels d’une vaste section des différents artistes et intervenants de l’ONF / NFB, discutant de sujets touchant aussi bien à l’histoire de la production documentaire qu’à l’évaluation de l’utilité réelle des films produits dans le cadre de ce programme. L’influence des nouvelles technologies est considérée et débattue, tout comme est abordée l’épineuse tension entre forme et fonction. De toute évidence, la question de la production subventionnée de films par l’État ainsi que celle de la censure sont centrales à plusieurs de ces entretiens. Certains défendent le caractère uniquement « canadien » du programme alors que d’autres évaluent le succès de leurs films en termes de leur résonance globale. Finalement, peu d’aspects de Challenge for Change / Société nouvelle sont laissés pour compte. Nous avons ici sélectionné deux de ces entretiens, provenant chaque fois d’intervenants centraux des sections anglophone et francophone du programme – Georges Stoney et Maurice Bulbulian. Leurs propos reflètent la portée et la profondeur des perspectives communes partagées par nombre des différents participants à ce projet. Nous profitons de l’occasion pour les remercier de leur engagement continu et des films qui en sont les résultats probants.
Michael Baker est candidat au doctorat au département de communication et d’histoire de l’art de l’Université McGill. Il détient également une maîtrise en études cinématographiques de l’Université Concordia. Ses intérêts de recherche comportent entre autres le cinéma documentaire et l’esthétique du film, la musique populaire et l’étude du son; ses publications récentes incluent un chapitre de l’ouvrage 24 Frames: The Cinema of Canada (éd. Jerry White, Wallflower Press).
Diane Cantin détient une maîtrise en études cinématographiques de l’Université Concordia.
Isabelle Lavoie est également détentrice d’une maîtrise en études cinématographiques de l’Université Concordia. Aujourd’hui massothérapeute, elle demeure passionnée des cinémas d’ici et d’ailleurs.
C’est lors de leur passage à Concordia que le projet d’entretiens avec les intervenants du programme Challenge for Change / Société nouvelle débuta.